archeo4ever, pour une archéologie présente qui se tourne vers le futur en s'asseyant sur le passé

24 janvier 2011

Archéologie et Histoire dans les médias. La série Rome

Parlons un peu de cette très bonne série qu'est Rome, et qui retrace la fin de la République romaine et l'avènement de l'Empire par Auguste, notamment au travers des tribulations de deux personnages, deux romains, le centurion Lucius Vorenus et le légionnaire Titus Pullo.

 

Comme toute production "historique" (même si on a plutôt affaire à un drame sur fond historique), on y trouve quelques erreurs, quelques anachronismes ou invraisemblances que tout archéologue, historien ou historien de l'art s'empressera de déceler et révéler.

 

Par exemple, les deux protagonistes, Lucius Vorenus et Titus Pullo, ont véritablement existé ; disons en tout cas qu'ils ont une réalité historique. C'est Jules César qui en parle lui-même dans son De Bello Gallico, (5, 44) ; ce sont en fait tous deux des centurions, rivaux, mais qui font pourtant preuve d'héroïsme en se sauvant mutuellement la vie lors d'une bataille contre les Nerviens.

 

Bien sûr, ce genre de liberté avec l'Histoire écrite se comprend dans l'optique d'obtenir un scénario riche et des personnages "profonds", comme le prouve également (ou pas) cette Cléopâtre junkie et nymphomane.

 

Mais, passant ces "petites" erreurs, comme peut-être la présence de papier, une dizaine de siècles avant son introduction en Europe, ou encore un taurobolium quelque peu précoce, il faut saluer l'impression d'authenticité qui se dégage de cette série : les rues sales et dangereuses de Rome, non loin de l'image, que l'on croit plus appropriée, des ruelles médiévales crasseuses ; la moralité très douteuse de certaines grandes familles ; l'importance de la religiosité, de la ritualité, des dieux "à tous les coins de rue", malgré l'évocation d'un "clergé" hors de propos ; l'évocation des commerçants, des artisans, des prostituées et leurs lupanar, des soldats en pleine gloire, puis délaissés et se dirigeant vers le brigandage ; la vision de la ville, sale mais en même temps bariolée, peinturlurée, "taguée", violente mais aussi chaleureuse, "rustique" presque (c'est Auguste qui plus tard fera de cette "ville de brique une ville de marbre") ; l'évocation de petits détails domestiques, comme les masques funéraires chez Servillia ou l'allusion au clientélisme chez Atia...

 

Ce sont plutôt ces détails qu'il faudra retenir, en tant que spécialiste ou simple amateur de la Rome antique, qui s'opposent clairement (et enfin) au canon de la Ville Eternelle des péplums hollywoodiens.

 

Pour le reste, on appréciera la justesse des acteurs, les mouvements nets et appropriés de la caméra, et l'ajustement de l'intrigue dramatique à une trame historique imperceptiblement remaniée...

Et comme il n'est pas encore trop tard, bonne année, tournée vers l'archéologie et le futur!

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27 octobre 2010

L'homme et le chimpanzé, frères pour la vie

A voir cette très bonne explication vidéo de Pascal Picq sur la relation entre l'Homme et le Singe (oui, si on met une majuscule à Homme, pourquoi ne pas en mettre une à Singe, c'est la famille quand même!).

Bonne nouvelle pour les Créationnistes (là j'aurais pu me passer de la majuscule) et autres trublions de la Science, l'Homme effectivement ne descend pas du Singe (éventuellement de l'arbre), mais pourrait à l'occasion passer les fêtes avec le chimpanzé ou un gorille perdu de vue depuis des années.

Quand on pense à ce qu'on entend dehors, quand on sait que l'explication suivante est au programme en collège&lycée...

http://www.youtube.com/watch?v=WwALB_hMZ_g

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06 janvier 2010

Bonne année comme on dit

Archeo4ever souhaite à tous une bonne, heureuse et fructueuse année, qu'elle soit archéologiquement tournée vers un futur moins archaïque que les temps présents...

Vous pourrez bien entendu commencer cette année quand bon vous semblera, en se remémorant que dans l'Egypte ancienne, l'année commençait lors de la crue du Nil, qui pouvait évidemment varier, et que le calendrier romain pré-césarien débutait lui au mois de mars ; et nos absurdes cotillons consistaient alors en sacrifices d'animaux et autres offrandes aux dieux.

Même en France, le début de l'année n'a pas toujours été celui d'aujourd'hui. Suivant les époques, l'année pouvait commencer en mars, à Pâques, à Noël... avant que Charles IX ne le fixe par l'édit de Roussillon (9 août 1564) au 1er janvier. Imaginez les difficultés des antiques généalogistes à écrire l'Histoire!

Et si l'on préfère aujourd'hui présenter plus volontiers des voeux de bonheur et d'argent plutôt que de bonnes cultures dans l'année à venir, je ferai le voeu pour tous, quant à moi, d'une bonne culture, et que les recherches semées hier germent et croissent demain en résultats florissants!

Archeo4ever!

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17 décembre 2009

Groupes archéologiques d'archéologues sur le réseau Facebook

Les fameux "groupes" sur Facebook, qui se développent à la vitesse de la lumière, touchent également le domaine de l'archéologie. On trouve bien sûr ceux "sérieux", dont la vocation première est de mettre en contact les professionnels de l'archéologie et les étudiants, en faisant circuler des offres d'emplois, des news...
Parmi eux, on retiendra :
L'annuaire européen des étudiants en histoire de l'art et archéologie

Et puis bien sûr il y a la déconnade, comme les groupes du type "je mate pas son cul, je regarde la marque du jean", "jeanne d'arc a frit, elle a tout compris" et autres "quand je suis fatigué, je dors" ; certains reviennent avec humour sur ce qui fait l'archéologie et comment elle est perçue :
Tu sais que tu es archéologue parce que

ou encore militent pour une archéologie plus "sexy", rejetant l'image de l'archéologue pas très gâté par la nature (il est né vieux et avec des lunettes), poussiéreux et repoussant, puant le cadavre et parlant toujours d'archéologie et d'histoire jusqu'à l'écoeurement : maintenant, il peut être sex, fashion, mode, propre sur soi et te parler de Paris Hilton :
The official Movement to bring Sexy back to Archaeology

et il y a bien sûr ceux qui contestent le statut d'archéologue à Indiana Jones (non sans raison) :
Pour que l'on arrête de confondre archéologie et Indiana Jones

Enfin, on trouve bien entendu les associations d'archéologie, d'archéologues... On citera :
Archéopterre, l'association des étudiants passionnés d'archéologie
ou encore
Alter Ego Rennes, association d'archéologie et de solidarité internationale

Voilà pour ce petit tour d'horizon,

"bonne adhésion"! Et...

Archéo4ever!!!

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20 novembre 2009

Les diagnostics archéologiques du canal Seine-Nord Europe : des premiers résultats remarquables

En préalable à la construction du canal Seine-Nord Europe, sous maîtrise d'ouvrage de Voies navigables de France, sur prescription des services de l'Etat (Drac), l'Inrap conduit le plus grand chantier de diagnostics archéologiques actuellement entrepris en Europe. Ces recherches mobilisent des moyens humains et matériels exceptionnels et donnent des résultats remarquables sur les 900 premiers hectares sondés.

       

Le canal Seine-Nord Europe

Le canal Seine-Nord Europe

Entre Compiègne et Aubencheul-au-Bac, cet ouvrage permettra la circulation des péniches à grand gabarit de la Seine à l'Escaut en traversant 66 communes de l'Oise, de la Somme, du Pas-de-Calais et du Nord.
Long de 106 km, le canal aura une emprise d'environ 2 500 hectares, soit en moyenne 25 hectares au km, permettant l'identification de sites archéologiques dans toute leur amplitude. Il comportera 7 écluses, 3 ponts-canaux, 59 ponts routiers et ferroviaires.

2 500 hectares de diagnostics

Les diagnostics archéologiques sont réalisés en amont du chantier afin d'identifier les traces d'occupations humaines. Ces sondages mécanisés sur environ 10 % des surfaces permettent de détecter et de dater les sites archéologiques.
L'opération archéologique sur le canal Seine-Nord Europe est exceptionnelle par son ampleur, et inclut le tracé principal du canal, les bassins réservoirs, les plateformes multimodales et les zones de dépôt.

Des moyens exceptionnels

Actuellement 7 équipes d'archéologues travaillent sur les 1 350 hectares de la section courante et ont déjà sondé 900 hectares. Le chantier mobilisera plus de 50 archéologues pendant 28 mois,  jusqu'à fin 2010, pour un total de 15 000 journées de travail et un budget prévisionnel estimé à 10 M€, principalement financé par la redevance d'archéologie préventive acquittée par Voies navigables de France. Ce chantier recourra à d'importants moyens opérationnels (pour 4,1 M€, dont 3,1 M€ pour les moyens mécaniques).

Une méthodologie particulière

Pour découvrir les vestiges faiblement enfouis (30 à 50 centimètres de profondeur) des pelles hydrauliques de 180 chevaux équipées de godets lisses de 3 mètres de large réalisent de longues tranchées sous la direction de responsables d'opération assistés de techniciens. Le rythme de progression est d'environ un hectare par jour et par engin. Les sondages sont rebouchés au fur et à mesure des relevés.
Afin d'atteindre les gisements très anciens enfouis jusqu'à 14 m de profondeur dans les accumulations de lœss, ces limons éoliens qui caractérisent les plateaux du Nord de la France, des sondages en puits sont pratiqués. Mise en place sur le canal Seine-Nord Europe, cette méthode recourt à des « pelles girafes » à bras rallongés pour découvrir des sites paléolithiques. Pour cela l'Inrap a conçu un système de sécurité constitué d'un balcon-passerelle, permettant l'observation et le relevé sécurisé de la stratigraphie, et d'un couvercle-triptyque qui protège en fin de journée l'ouverture du puits. Leur utilisation conjuguée est une innovation méthodologique qui facilite et accélère le diagnostic de manière importante.
Enfin, les fonds de vallons et le lit majeur de l'Oise seront également expertisés par des géomorphologues, des archéologues et leurs pelles mécaniques, ce type de substrat pouvant contenir des éléments organiques bien conservés dans les milieux humides.

Un centre de recherches archéologiques a été aménagé dans un ancien corps de ferme à Croix-Moligneaux (Somme). Situé au centre du tracé, il accueille les personnels de la coordination et les équipes d'archéologues de terrain.

Les premiers résultats

Les observations et recherches anciennes établissaient un potentiel archéologique important. Aujourd'hui, alors qu'un tiers des parcelles a été diagnostiqué, plus de cent sites sont découverts et couvrent des périodes allant du Paléolithique moyen au Moyen Âge.
Par exemple, sur les 150 hectares de la future zone portuaire de Marquion, les archéologues de l'Inrap ont identifié plusieurs habitats très bien conservés de la fin de la période néolithique (IIIe millénaire avant notre ère).
L'âge du Bronze s'illustre à Marquion par plusieurs monuments funéraires, des enclos circulaires à tumulus, dont le plus grand présente un diamètre de plus de 40 m. Là encore, des vestiges d'habitats contemporains pour cette période ont été recensés en de nombreux endroits.
Plusieurs bâtiments agricoles, un monument funéraire aristocratique, des nécropoles et des chemins sont datés de l'âge du Fer.
Une villa gallo-romaine de plus de 200 m de long et 100 m de large, avec ses thermes a été mise au jour.

Le projet recoupe à plusieurs reprises les zones de combats de la Première Guerre mondiale. Face à un tel risque, des mesures particulières ont été mises en place avec le concours de la Sécurité Civile. Fin août, sur 850 hectares diagnostiqués, 45 interventions ont été effectuées par les services de déminage de la Sécurité Civile suite à la découverte de 385 obus, 1 mine, 3 fusées, 47 grenades et 1 caisse de cartouches, représentant plus de 6 tonnes de munitions.

Les attentes scientifiques

Dans une seconde phase, des fouilles seront prescrites par le préfet de région afin d'approfondir les premiers résultats. Ces fouilles seront financées par VNF. Là où aucune fouille ne sera prescrite, les données des diagnostics seront les seules informations collectées sur les sites.
Les recherches sur ces grandes surfaces amènent des découvertes fondamentales et des données inédites sur les occupations humaines et l'évolution du paysage et pourraient révéler la présence d'habitats de l'homme de Néandertal.

Source : http://www.inrap.fr
Possibilités de visites virtuelles sur le site, ici

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11 novembre 2009

Exemple de commentaire d'oeuvre : le buste du roi-prêtre d'Uruk, Warka, Mésopotamie

Le Buste du roi-prêtre d'Uruk


roi_pr_tre_uruk


Voici un aperçu (*Cf. en bas de ce post) :

I. PRESENTATION

- Le buste du roi-prêtre d’Uruk a été découvert en 1958 à Uruk, l’actuelle Warka, dans le Sud de la Mésopotamie, à plusieurs kilomètres du cours de l’Euphrate (voir carte). Il présente une hauteur de 18cm, et est conservé au musée de Bagdad en Irak. On la date généralement de la fin du IVe millénaire av. J.-C,  entre 3300 et 3000 av. J.-C, ce qui correspond à l’époque de l’Uruk moyen, ou récent selon les chronologies. Ce buste est en albâtre et possède des yeux incrustés de coquille. L’état de conservation est assez bon, si l’on excepte le fait qu’il semble cassé au niveau du bas-ventre.

 

- Pour les recherches sur ce sujet, j’ai eu recours à des ouvrages généraux tels que le Sumer de Parrot (1981) ou La Mésopotamie de Georges Roux (1995), ainsi que du Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne sous la direction de Joannes (2001), et aussi à un article de Pierre Amiet qui traitait entre autres du développement de l’iconographie du roi-prêtre : « Anthropomorphisme et aniconisme dans l’antiquité orientale » dans Revue Biblique (Cf. Bibliographie).

 

- Pour traiter ce sujet, je situerai tout d’abord cette œuvre dans le contexte historique avant de passer à sa description afin d’en retirer les éléments essentiels, puis je tenterai dans le commentaire d’exposer la ou les fonctions qu’a pu avoir ce type iconographique à l’époque d’Uruk et l’intérêt qu’il possède pour les chercheurs pour mieux connaître la société de cette période. Enfin il faudra remarquer l’expansion et l’influence de cette iconographie, aussi bien dans toute la Mésopotamie qu’à l’extérieur de ses frontières, notamment en Egypte et en Iran.

 

II.A. CONTEXTE

 

- A partir de 3800 av. J.-C environ, la Basse-Mésopotamie est le théâtre de grands changements sur les plans démographique, technique et culturel. C’est en effet le point de départ de l’urbanisation, l’invention de l’araire, le développement du commerce à longue distance. En conséquence, on voit la spécialisation d’une partie de la population et donc la hiérarchisation de la société, avec une élite intellectuelle constituée de prêtres. C’est aussi dans cette période dite d’Uruk que l’on situe l’invention de l’écriture sans doute vers 3300 av. J.-C.

 

- Le cours de l’Euphrate va se déplacer, et pour continuer à avoir de l’eau, les hommes vont inventer l’irrigation artificielle, et cet effort collectif est sans doute à l’origine de l’augmentation des responsabilités des grands prêtres, sortes de maires des villes.

 

II.B. ANALYSE DESCRIPTIVE

 

- Cette période tire son nom de la ville d’Uruk, un des sites les plus importants de la Mésopotamie. C’est à Uruk que l’on a retrouvé ce buste de roi-prêtre.

 

- C’est une sculpture en ronde-bosse qui représente un personnage barbu, coiffé d’un turban, en position d’orant. Son turban ou serre-tête encadre un visage bien défini mais n’empêche pas ses oreilles d’être visibles. Deux lignes qui se rejoignent au dessus du nez soulignent les arcades, et les yeux étirés assez enfoncés, incrustés de coquilles, ne montrent pas trop d’expression ; c’est peut-être dû à une mauvaise conservation ou au fait qu’il manque les pupilles, peut-être de petites pierres précieuses incrustées. Le nez est assez droit et est cassé en partie. Les lèvres petites et assez charnues esquissent une légère grimace. Le personnage possède un collier de barbe, strié horizontalement, qui descend jusqu’au bas des pectoraux. Ces pectoraux sont assez bien dessinés, ainsi que les muscles des bras, mais l’espace entre son corps et ses bras n’est pas creusé comme il devrait l’être étant donné la position des bras. Ses poings fermés veulent se rejoindre au niveau du ventre, mais ils sont séparés d’environ un ou deux centimètres. Cette position témoigne sans doute d’un objet qui était porté par ces deux mains, peut-être un gobelet en bois ou une autre offrande.

 

- Toutefois, ce buste ne possède pas les qualités artistiques que l’on a pu apercevoir chez la Dame d’Uruk par exemple, même si cette dernière est peut-être un peu plus tardive. Mais elle témoigne quand même d’un certain renouveau dans la statuaire par rapport à la tradition obeidienne antérieure.

 

 

III. COMMENTAIRE

 

- En fait, l’intérêt de ce buste est tout autre. Il fait partie de toute une iconographie qui apparaît à cette période, l’iconographie du roi-prêtre, preuve d’un développement théologique et intellectuel.

 

- Dès le Néolithique final, on retrouve le caractéristique Maître des animaux. Ce n’est pas un dieu car on ne l’a jamais représenté comme objet d’un culte. On le voit, assez schématisé, sur un cachet du Luristan (conservé au Louvre), c’est-à-dire bien plus vers l’est, dès 4000 av. J.-C. A l’époque d’Uruk, à la fin du IVe millénaire, la figure du roi-prêtre apparaît, et il a pu jouer le rôle du maître des animaux, comme sur un sceau-cylindre d’Uruk conservé à Berlin. On peut voir ce roi-prêtre, barbu, avec son turban et une jupe en cloche caractéristique de ce roi-prêtre à Uruk, nourrissant deux béliers dans un enclos symbolisé par deux hampes de roseaux de part et d’autre. La hampe symbolique est l’idéogramme du nom de la déesse Inanna. Il devait jouer à ce moment le rôle d’époux divin de la déesse Inanna. Pour de nombreux chercheurs, l’apparition de cette iconographie est un indice des premiers pas vers le système monarchique sumérien.

sceau_cylindre_3200bc_louvre Sceau-Cylindre, 3200 BC, Louvre.

 

- De plus, la culture d’Uruk se répand en Basse Mésopotamie, comme à Habuba Kabira, mais aussi en d’autres points isolés, comme à Suse en Iran. C’est à Suse que l’on a retrouvé des fragments d’un scellement de jarre qui porte l’empreinte d’un sceau-cylindre, conservés au Louvre. L’empreinte représente le roi-prêtre luttant contre ses ennemis, et date d’environ 3300-3100 av. J.-C. Ces sceaux-cylindres servaient à contrôler les mouvements des biens en circulation. L’empreinte ici montre le roi-prêtre qui bande son arc en direction d’ennemis déjà touchés par ses flèches. On voit aussi à droite un édifice orné en partie supérieure de cornes, mais on ne sait pas si ce bâtiment a existé ou s’il symbolise une ville que le roi-prêtre serait en train de conquérir.

roi_pr_tre_suse_louvre Scellement de jarre, Suse, Louvre.

 

- Enfin, l’exemple le plus frappant de la circulation de cette iconographie en dehors des frontières du Proche-Orient est le rapprochement que l’on fait souvent entre deux œuvres pratiquement contemporaines, c’est-à-dire la stèle de la chasse d’Uruk et le poignard de Gebel el Arak, datés d’environ 3300 av. J.-C. En effet, on retrouve sur la stèle de la chasse le personnage barbu coiffé d’un bonnet, avec sa longue jupe en cloche, en train de tuer un lion avec sa lance ou de bander son arc. Et sur le manche du poignard égyptien le même personnage, en position de maître des animaux. Ce parallèle révèle l’existence de liens directs ou indirects entre ces deux civilisations, liens sans doute liés au commerce, où l’iconographie mésopotamienne a influencé les débuts du bas-relief égyptien.

st_le_de_la_chasse_urukStèle de la chasse d'Uruk

gebel_el_arak_louvrePoignard de Gebel el Arak, Louvre.

 

CONCLUSION DU COMMENTAIRE

 

- On remarque donc que l’on retrouve cette figure originale seulement à Uruk, Habuba Kabira et Suse, cette dernière étant peut-être sous domination urukéenne. On remarque aussi la multiplicité de ses fonctions : défenseur de son peuple, chasseur, pasteur des troupeaux de la déesse Inanna, officier du culte. C’est grâce à ces nombreuses fonctions que l’on a associé à ce personnage barbu que l’on a pu voir en lui le roi-prêtre, c’est-à-dire un personnage unique combinant le pouvoir politico-militaire et le pouvoir religieux, confondus en une seule : époux divin d’une déesse ou d’une femme qui lui est associée. Il est intéressant de noter que sur le poignard de Gebel el Arak on retrouve plusieurs de ces thèmes : la maîtrise de deux lions, la chasse, et la guerre. On rapproche cette fonction avec le mot sumérien EN, qui à cette période, a pu désigner le chef de la communauté d’Uruk, et par le biais de cette interprétation, on peut peut-être penser qu’il existait une fonction similaire au milieu du IIIe millénaire à Ebla en Syrie par l’utilisation de ce mot, ou encore dans Enmerkar, deuxième roi de la première dynastie d’Uruk dans la liste royale sumérienne. A ce titre, il est l’époux de la déesse Inanna. A partir de l’époque paléo-akkadienne, l’EN ne sera plus que le titre du grand prêtre ou de la grande prêtresse de la divinité de la cité.

 

 

- En conclusion, ce buste du roi-prêtre, au-delà de son apparente simplicité, révèle une iconographie complexe qui n’a pas encore tout révélé de sa signification. Le roi-prêtre apparaît comme le personnage important de cette période d’Uruk, celui qui combine les différents pouvoirs, le berger du peuple qui va les amener à la constitution des Cités-Etats, où l’on retrouvera un souverain unique à leur tête, témoignant de leur goût pour un système monarchique et centralisé.

 

- Cette iconographie est aussi révélatrice d’échanges, de liens culturels ou commerciaux entre des civilisations du Proche-Orient et l’Egypte, à une époque où les tablettes d’argile ne peuvent pas encore nous renseigner.

BIBLIOGRAPHIE :

- AMIET P., « Anthropomorphisme et aniconisme dans l'antiquité orientale", dans Revue Biblique, n°3, 1997, p.321 et s.

- ARUZ J., Art of the First Cities. The Third Millenium B.C from the Mediterranean to the Indus, The Metropolitan Museum of New-York, 2003.

 

- FORGEAU A., MARGUERON J.-C, SALVINI M., AMIET P., L’art de l’antiquité, 2. L’Egypte et le Proche-Orient, RMN, Paris, Gallimard, 1997.

 

- JOANNES F. (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, (Coll. Bouquins), Paris, Robert Lafont, 2001.

 

- PARROT A., Sumer, (Coll. Univers des Formes), Paris, Gallimard, 1981.

 

- ROUX G., La Mésopotamie, éd. du Seuil, 1995.

 

- RUTTEN M., Les arts du Moyen-Orient ancien, Paris, Presses Universitaires de France, 1962.


Source des images : www.louvre.fr


*Ceci n'est qu'un aperçu d'un commentaire d'oeuvre destiné par exemple à des licences en histoire de l'art et archéologie (fait par un étudiant spécifique, moi-même, à destination d'un cours, d'un exposé et d'un professeur spécifiques) ; pour le bien de chacun et le bien de la science, il n'a pas vocation à être recopié bêtement, et doit plutôt être considéré comme une introduction, ou encore un support pour des recherches plus approfondies, en lien étroit ou non.


Archeo4ever !!!

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4e rencontre européenne patrimoine industriel et technique, Calais, 13-15 novembre 2009

Patrimoine industriel 2009
                  4e Rencontre Européenne pour les bénévoles et les associations du patrimoine industriel et technique
 Calais (France), 13-15 novembre 2009

E-FAITH, La Fédération Européenne des Associations du Patrimoine Industriel et Technique (European Federation of Associations of Industrial and Technical Heritage) est une plate-forme qui vise à promouvoir les contacts et la coopération européenne entre les associations à but non lucratif, par la mise en place de lieux où elles peuvent se rencontrer, échanger des expériences, apprendre de nouvelles compétences et soutenir les activités des autres associations.

Après la troisième réunion couronnée de succès, qui a été organisée en octobre de l’année dernière à Barcelone et qui a accueilli des représentants de 10 pays, E-FAITH organise dès à présent la tenue d’une quatrième rencontre européenne pour les bénévoles et les associations à but non lucratif engagés dans la recherche, la conservation, l’interprétation et/ou la présentation du patrimoine industriel et technique.
                  
                  
Comme les réunions précédentes, cette nouvelle rencontre se veut dynamique et ouverte à toutes les associations et individuels qui peuvent présenter et comparer leurs idées, leurs projets et leurs résultats. Elle peut être également l’occasion de se renseigner sur le développement de coopérations ou de projets communs, sur les moyens de soutenir les objectifs des collègues et comment ceux-ci peuvent aider dans les buts qu’ils se sont fixés. Les participants ont la possibilité de présenter leurs réalisations, leurs activités, leurs projets et leurs objectifs de différentes manières : lectures et présentations orales, brochures, stands d’information, affiches ou petites expositions. Chaque participant est libre de choisir les moyens techniques qu’il juge les plus appropriés pour sa présentation.
                  
Les thèmes principaux de la rencontre seront :
- la coopération européenne transfrontalière entre les associations du patrimoine industriel et technique;
- le jumelage entre les associations;
- l’échange d’expériences de terrain;
- le développement de projets transfrontaliers communs.
                  
Ce quatrième week-end de rencontres est organisé du13 au 15 novembre 2009 à Calais (France) à la                   Cité internationale de la Dentelle et de la Mode.

Plus d'infos ici

Sources : www.archeologia.be, http://www.e-faith.org/

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Offres d'emplois, archéologie, patrimoine. Bernissart, Loiret, Nantes

La Commune de Bernissart et la Ville de Condé‐sur‐l’Escaut recrutent un (M/F) coordinateur pour une durée de 1 an à ¾ temps dans le cadre d’un projet transfrontalier de développement touristique


Plus d'infos ici

Le Conseil Général du Loiret recrute à partir de décembre 2009 :
                  
- 1 attaché de conservation du patrimoine
- 3 assistants de conservation du patrimoine pour la fouille d'un site d'habitat du Haut Moyen Age à Saran (45, ZAC Portes du Loiret Sud, 1ere tranche).
Il s'agit d'étudier le village médiéval dans lequel des ateliers de potiers ont été découverts (lac de la Médicinerie).

Plus d'infos ici

La Ville de Nantes recrute 3 archéologues
par voie Statutaire (mutation, détachement ou mise à disposition) ou à défaut contractuelle

                  1- Un archéologue- Responsable d'opération pour la période antique (ACE 5347)
2- Un archéologue- Responsable d'opération pour la période médiévale et moderne (ACE 5347)
3- Un archéologue-céramologue (ACE 5348)

Plus d'infos ici

Source : www.archeologia.be

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Citations

"Je n'évolue pas, je suis. Il n' y a en art, ni passé, ni futur. L'art qui n'est pas dans le présent ne sera jamais." Pablo Picasso, extrait de Conversation avec Marius de Zayas.

"L'archéologie est bien la plus noble des recherches, par sa minutie elle nous inculque la patience, par l'interprétation que l'on doit faire de nos découvertes, la sagesse."
Savino di Lernia, archéologue italien.

"On n'a pas besoin d'être archéologue pour savoir que rien ne dure et que personne n'est éternel." Ronald Wright, extrait de Chronique des jours à venir.

"L'Histoire est la science du malheur des hommes." Raymond Queneau, extrait de Une histoire modèle.

"Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne." Aldous Huxley, extrait de Collected essays.

"L'histoire est un perpétuel recommencement." Thucydide.

Et enfin, méditons sur celle-ci :

"L'art pour l'art, c'est une formule qui n'a pas plus de sens que le gin pour le gin." Somerset Maugham.

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